Tisser son Réseau

Gérer son syndrome de l'imposteur networking lors d'une première rencontre

2026.09.23
Un freelance débutant à Orléans qui apprend à gérer son syndrome de l'imposteur avant une rencontre networking, en travaillant sa confiance en soi.

Mes cartes de visite tiennent toutes dans la poche intérieure de ma veste, et j'en ressors presque toujours avec le paquet intact. C'est le genre de détail qui en dit long : le syndrome de l'imposteur ne fait pas le tri entre un networking débutant qui pousse la porte pour la première fois et un freelance qui tourne depuis un moment à Orléans. La confiance en soi n'a jamais été le ticket d'entrée. Juste l'histoire qu'on se raconte pour rester planté dehors.

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Le mythe du syndrome de l'imposteur qu'on pourrait désamorcer à l'avance

Voici ce qu'on répète partout : préparez-vous assez, lisez assez, et la confiance suivra avant même que vous ayez ouvert la bouche. Le syndrome de l'imposteur serait une case à cocher, un mauvais moment à passer une bonne fois pour toutes, après quoi on entrerait dans une pièce pleine d'inconnus sans que les mains tremblent. J'y ai cru un bon moment. Assez pour empiler des ressources sur le sujet au lieu de simplement sortir de chez moi et d'aller parler à quelqu'un.

Le chiffre existe, d'ailleurs : le syndrome de l'imposteur toucherait environ 70% des gens à un moment de leur vie professionnelle, freelances ou salariés. Le réseautage informel, lui, serait à l'origine de plus de 60% des opportunités professionnelles en freelance, ce qui donne le vertige quand on hésite encore à traverser la salle pour aller dire bonjour à qui que ce soit. Ça ne m'a jamais rassuré au moment où j'ai les paumes moites collées à une tasse de café trop chaude, en écoutant quelqu'un raconter son chiffre d'affaires avec une aisance qui me donne envie de disparaître sous la table. La peur de réseauter quand on travaille seul, sans collègues pour vous pousser dehors ni retour d'expérience à partager à la machine à café, a sa propre texture, différente de la timidité ordinaire. Savoir que « c'est courant » n'empêche rien au moment où ça arrive.

Mains tremblantes autour d'une tasse de café, signe de trac networking chez un freelance débutant en manque de confiance en soi.

La newsletter de Nora, lue en boucle, jamais appliquée

Nora, mon ancienne voisine de bureau dans un coworking orléanais qui a fermé depuis (elle vit à Paris maintenant, mais m'envoie encore de temps en temps un article sur la timidité au travail), m'avait convaincu de m'abonner à une newsletter de conseils réseau. Chaque semaine, un mail plein de méthodes, de formulations toutes faites, de listes de choses à faire avant, pendant, après un événement, que je parcourais avec la bouilloire qui crachote sa vapeur juste à côté, presque par réflexe. Je les lisais avec l'attention d'un élève sérieux. Je n'en ai appliqué aucune. Pas une seule fois. La théorie s'empilait dans un coin de ma tête pendant que mon anxiété, elle, restait intacte, fraîche, prête à resurgir au prochain événement.

Et comme Nora fait tout par vagues, il n'était pas rare qu'elle disparaisse des semaines avant de m'envoyer cinq messages d'affilée un dimanche soir, souvent sur ce même sujet. Ce n'est pas qu'elle avait tort sur le fond. C'est que lire sur le sujet et le vivre sont deux exercices qui n'ont presque rien en commun, et aucune quantité de conseils bien tournés ne remplace le moment où il faut vraiment ouvrir la bouche devant un inconnu.

Quand la vraie rencontre ne ressemble à aucun plan

Je m'étais trompé d'adresse. J'avais noté un événement BNI du côté des Halles Châtelet, à Orléans, sur le mauvais créneau, dans la mauvaise salle, et je ne m'en suis rendu compte qu'une fois assis. À côté de moi, un type fixait son téléphone comme s'il y cherchait une sortie de secours. On a fini par se regarder, comprendre qu'on s'était trompés tous les deux de la même façon absurde, et sortir prendre un café plutôt que de rester là à faire semblant d'être au bon endroit.

Mehdi, développeur web freelance que je recroise depuis à d'autres événements, n'a jamais eu de carte de visite sur lui. Pas une seule fois. Il connaît l'adresse de son site par cœur et la récite comme un numéro de téléphone d'enfance, ce qui m'a paru presque plus professionnel que mon paquet de cartes jamais entamé. On n'a pas parlé de contrats ce jour-là. On a parlé du mal qu'on avait tous les deux à sortir de derrière un écran pour aller serrer des mains inconnues.

Carte de visite de freelance posée sur une table en bois, symbole du doute qui accompagne le syndrome de l'imposteur en networking.

Ce que cette rencontre foirée sur le papier m'a montré, ce n'est pas que le syndrome de l'imposteur disparaît une fois qu'on a une bonne histoire à raconter. C'est qu'il n'a jamais empêché la connexion de se faire. Il était juste assis là, à côté de moi, pendant que la vraie conversation avait lieu quand même.

Arrêter d'attendre que ça passe

La vraie erreur n'est pas de ressentir le syndrome de l'imposteur avant une rencontre. C'est de croire qu'il faut attendre qu'il s'en aille pour agir. Le seul truc qui a vraiment changé quelque chose chez moi n'était ni un exposé ni une newsletter, mais des repères concrets : une phrase toute simple pour ouvrir une conversation avec un inconnu, une façon de relancer sans avoir l'air de harceler, un rythme de réseau qui ne mange pas toutes mes soirées, une manière de demander une mise en relation à quelqu'un qu'on connaît à peine sans se sentir malhonnête. Rien de tout ça n'a besoin d'un discours de vente rodé ni d'une présentation d'activité apprise par cœur pour fonctionner : ça se construit un échange à la fois. Ça m'est arrivé d'envoyer un message LinkedIn à quelqu'un sans le repasser trois fois dans ma tête avant de cliquer. Rien de terrible ne s'est produit. Personne ne l'a même remarqué.

J'ai aussi arrêté de viser toute la salle. Un anthropologue du nom de Robin Dunbar a posé l'idée qu'on ne peut entretenir qu'un nombre limité de relations stables, le Nombre de Dunbar, autour de 150 personnes. Je n'ai pas besoin de convaincre une pièce entière, juste de repérer deux ou trois humains avec qui l'échange sonne vrai, que ce soit pour réactiver un contact perdu de vue depuis trop longtemps ou pour simplement écouter au lieu de meubler le silence en parlant de moi. C'est un peu ce que j'ai retrouvé dans le programme Développez Votre Réseau – Networking : rien qui promette de faire taire le syndrome de l'imposteur, juste des repères pour avancer avec, pensés pour ceux qui ne sont pas des commerciaux nés. Ça m'a aussi aidé à réussir mon small talk professionnel sans avoir l'impression de réciter un texte.

Il reste plein de fronts sur lesquels je me sens toujours un peu débutant : le premier contact avec un inconnu reste le moment que je redoute le plus, ancrer son réseau localement plutôt que de courir après des contacts à l'autre bout du pays change tout quand on est freelance à Orléans, et les connaissances lointaines, celles qu'on croise deux fois par an, apportent souvent plus d'occasions que le cercle proche. Se rendre visible sur LinkedIn sans avoir l'impression de démarcher qui que ce soit, s'intégrer dans un espace de coworking sans devenir le collègue qu'on n'a pas demandé, ou simplement obtenir une recommandation sans avoir l'air d'insister : ce sont des chantiers séparés, chacun avec ses propres ratés. Le silence gênant en fait partie aussi, et j'ai fini par apprendre à gérer les silences gênants plutôt que de les combler par n'importe quoi.

Deux freelances d'Orléans échangeant sincèrement autour d'un café après une rencontre networking, confiance en soi retrouvée.

On finit par apprécier ces cafés, même un peu trop chauds, même avec des mains qui tremblent encore parfois quand on la tend pour saluer quelqu'un de nouveau.

Si vous êtes encore planté devant une porte, la main sur la poignée, en train de vous demander si tout le monde a reçu un mode d'emploi que vous seul n'auriez pas eu, jetez un œil à cette approche du networking. Elle ne rendra personne extraverti du jour au lendemain. Elle donne juste de quoi remplacer l'attente d'aller mieux par deux ou trois choses à faire, tout de suite, syndrome de l'imposteur ou pas.